Murielle Guillaume Se considérer comme une entreprise

Murielle Guillaume

Accompagner quelqu’un à devenir « chercheur d’emploi », c’est l’amener à réfléchir comme s’il était lui-même chef d’une mini-entreprise dont le « core business » est de vendre son « offre de services » sur un marché.

Je travaille à l'UNamur depuis 1er mai 2009. Je m’occupe principalement de l'accompagnement vers l'emploi et de la valorisation des compétences transversales des doctorants, docteurs, master & diplômés de l’université. Accompagner quelqu’un à devenir « chercheur d’emploi », c’est l’amener à réfléchir comme s’il était lui-même chef d’une mini-entreprise dont le « core business » est de vendre son « offre de services » sur un marché. C’est exactement comme mettre en place une entreprise, c’est vérifier que le « produit » correspond à la demande du marché, l’adapter si nécessaire et surtout harmoniser son vocabulaire à celui du marché pour que la vente se concrétise ! Cela demande bien des étapes avant de réaliser un CV qui n’est en soi qu’un outil de communication : bilan de compétences, étude de marché et confrontation des deux, positionnement, communication, vente seront les étapes de mon accompagnement en utilisant tous les moyens pour atteindre cette attitude de « chercheur d’emploi » : candidat actif pour atteindre son devenir.

Dans cette démarche « entrepreneuriale » vers l’emploi, on ne peut évidemment pas faire l’impasse sur le caractère « humain » du processus. Il est au cœur même du business si l’on veut une insertion professionnelle réussie. C’est aussi l’enjeu de l’accompagnement de faire comprendre aux étudiant.e.s qu’il est impossible d’entrevoir un projet si l’on ne tient pas compte de ses valeurs, de qui on a été et de qui on veut devenir. Il est évident alors que le projet sera moins « durable » dans le temps. Ce qui est riche dans ces situations c’est le fait que les participant.e.s viennent d’horizons différents, de disciplines différentes et que leurs apports sont constructifs et bienveillants ... C’est un contexte qui élargit en général les « champs des possibles ». Cette démarche apporte aussi aux étudiant.e.s une confiance en leur potentiel et surtout en ce qu’ils et elles peuvent en faire… Je suis toujours ravie d’entendre leur réaction : « Mon CV est totalement différent maintenant que j’ai pris le temps de faire un bilan de mes expériences, de mes compétences … » ou bien « C’est fou tout ce que j’ai fait, tout ce dont je suis capable de faire et de proposer à différents employeurs ! »

Les compétences à mobiliser quand on est à la recherche d’un emploi sont nombreuses et, pour la plupart, communes à l’entrepreneuriat. Elles seront toutes à un moment donné à déployer ou à acquérir, je pointerai principalement : 

  • Planifier et gérer les différentes étapes et actions à mettre en place.
  • Déceler les opportunités car le marché de l’emploi révèle parfois des surprises bien cachées !
  • Imaginer le futur, c’est la clé, il faut savoir répondre à : où serais-je dans cinq ans ?
  • Mobiliser ses ressources pour développer la connaissance de soi, on ne peut pas vendre un produit que l’on ne connaît pas ! Il faut connaître ses qualités mais surtout ses défauts et sa concurrence !
  • Enfin être créatif·ve car il faut savoir se démarquer sur le marché.

Dans ce cadre, j’ai collaboré à mettre en œuvre des dispositifs et des actions de formations transversales des doctorants et chercheurs de l'UNamur. Entre autres, dans le cadre de l’U2ES, pour le module « appréhendez le milieu socioéconomique », les doctorant.e.s/chercheur.e.s devaient,par petits groupes,  élaborer une entreprise, de A à Z, de l’idée à la communication de celle-ci. Ceci les amenait concrètement à adopter les attitudes adéquates avec en prime, toute la complexité de gérer l’apport de chacun dans le groupe et la collaboration. Pour la connaissance de soi, j’ai mis en place un atelier avec la méthode « LEGO SERIOUS PLAY ». Les étudiants partent à la découverte de leurs compétences avec une méthode plus ludique, plus créative. Cette connaissance de soi, se co-construit puisque la méthode LSP invite justement au partage. Les participant.e.s se nourrissent des récits des autres pour enrichir les leurs. De plus, cette méthode initie implicitement l’entraide entre participant.e.s quant à la verbalisation de leurs propres compétences, dans le choix des verbes d’action par exemple. Il y a également un exercice où chaque étudiant.e doit se mettre dans la peau d’un.e recrut.eur.euse afin de voir quel.le candidat.e il.elle choisirait pour un entretien d’embauche en partant uniquement d’un CV. Cette mise en situation est riche en apprentissage car en quatre minutes ils.elles arrivent à comprendre les failles d’un CV. Les débats sont riches d’apprentissages lors du débriefing qui s'ensuit.

L’enquête « métier » est aussi une étape importante car ils.elles doivent se mettre dans la peau d’un.e « enquêt.eur.rice » et glaner des informations sur le métier envisagé. Certain.e.s doivent parfois dépasser leur timidité. Cela demande de l’anticipation pour préparer à l’avance l’interview, trouver la bonne personne à interviewer ! Il est clair qu’ils.elles apprennent autant sur le métier que sur eux-mêmes…

Il faut développer un maximum ce genre d’initiative où l’étudiant.e est en situation concrètes, où il.elle doit mettre œuvre par elle.lui-même de A à Z un projet et surtout en collaboration avec d’autres. La richesse vient des échanges entre les gens et du fait qu’on puisse brasser tous les horizons. Cela les préparera au mieux à ce qu’ils.elles devront faire toute leur vie et cela commence déjà pendant leurs études lors qu’ils et elles doivent trouver leur première expérience professionnelle càd le stage !

  • Alex Adam - Formateur de formateur THIAGI/MINDMAPPIND
  • Valentine Minet - Cellule Digitale ; nouvelles pédagogies de l'Ecole d'administration publique Namur
  • Aïcha Aarab - Programme formations transversales des chercheurs
  • Olivier Ven der Elstraeten - FR2B Uliège
  • Julie Hermans – UNamur
  • Xavier Van Diren - NOW.be

Judith Jassogne