Sébastien Legrain Entreprendre durablement passe par la transmission

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En apprenant sur le terrain les étudiants mixent leurs valeurs personnelles et leurs compétences disciplinaires dans leurs projets. Ils dépassent le stade de la conceptualisation pour passer à la réalisation, il ne s’agit plus de « penser » mais de « faire ».

Je m’appelle Sébastien Legrain, je suis entrepreneur et j’ai fondé beNov (www.benov.be) qui est une structure d’accompagnement entrepreneurial. Dans le cadre de cette activité, je suis coach pour Linkube, l’incubateur étudiant namurois hébergé au sein du TRAKK. J’accompagne les étudiant-entrepreneurs dans leur cheminement afin de soutenir le développement de leur projet individuel ou d’équipe. Une des spécificités de ce format est la possibilité d’une approche collective du coaching. Celle-ci s’avère pertinente lorsque plusieurs projets rencontrent la même problématique. C’est une dynamique où j’assiste à des questionnements et à des échanges entre projets qui permettent de dégager une palette de possibilités. De manière générale, je peux dire que la richesse et la diversité des projets portés par les étudiants sont des sources d’inspirations intarissables. Cet accompagnement qui se fait sur 2 à 3 ans m’offre la chance de voir s’exprimer les talents des jeunes. Quelle que soit l’issue de leur projet, c’est vraiment un parcours qu’ils se construisent à la carte et qui les fait avancer dans la direction qu’ils choisissent…  

J’ai eu la chance d’assister récemment à la défense de mémoire d’un étudiant-entrepreneur, Jean-Baptiste Corbisier, qui a réalisé un master en gestion à l’UNamur  dans le programme en immersion au sein de son propre projet d’entreprise « Briocoli ». Ce projet était le cœur de son sujet du mémoire et je venais en tant que membre externe avec beaucoup d’intérêt puisque j’avais eu la chance de l’accompagner dans l’incubateur, c’est-à-dire en dehors du cadre académique. C’est un moment captivant d’assister à cette prise de recul et aux ponts disciplinaires que les étudiant sont amenés à réaliser au terme de leurs études. C’est aussi l’occasion de se rencontrer avec les acteurs de l’UNamur et de revenir sur le travail d’accompagnement des uns et des autres dans le cadre des projets étudiants. Du côté des promoteurs de mémoire comme du mien c’est finalement la dynamique de dialogue et d’échange avec les étudiants que nous retenons.

En apprenant sur le terrain les étudiants mixent leurs valeurs personnelles et leurs compétences disciplinaires dans leurs projets. Ils dépassent le stade de la conceptualisation pour passer à la réalisation, il ne s’agit plus de « penser » mais de « faire ». De notre côté, en tant qu’entrepreneur, nous partons avec l’ambition d’apporter quelque chose aux étudiants et nous ressortons avec le sentiment d’en avoir reçu tout autant. Les étudiants sont des apprentis qui ne vont pas se satisfaire en s’appropriant notre expérience et nos certitudes. Ils vont nous surprendre dans leur manière de travailler et d’envisager les choses, vont questionner et challenger ce que nous avons tendance à prendre comme des évidences à force de les appliquer dans notre travail. En tant qu’entrepreneur, ces échanges nous forcent à prendre du recul ; à nous interroger régulièrement quant à nos pratiques et nous permettent d’évoluer, voire d’innover...

Si je devais faire un constat de mon expérience en tant qu’entrepreneur actif dans l’éducation à l’entrepreneuriat, je dirais que tous les entrepreneurs devraient prendre le temps (quelques minutes ou quelques heures) d’aller au contact des étudiants. Tout d’abord pour témoigner de la diversité qui se cache derrière le mot « entrepreneur » car il y a autant de possibilités que de personnes et de parcours. Ensuite, je pense que l’entrepreneur de demain se doit avant tout d’être responsable et la responsabilité passe par la transmission. Et enfin parce qu’il est important de permettre aux étudiants de vivre des expériences qui ne s’apprennent pas en cours. Par exemple, la confiance en soi est expérientielle, elle ne va pas se débattre au cours mais se développer au travers du vécu. Offrir des expériences concrètes, des problématiques et des feed-back de terrain est une contribution qui est en notre pouvoir et qui participe à la formation des étudiants. Je conclurai en relayant ce message humoristique qui ressort de mes échanges avec les étudiants qui préparent leur dossier d’acceptation pour l’incubateur : « oublie que t’as aucune chance, vas-y, fonce !» (Jean-Claude, Les bronzés font du ski.). Ceci traduit très bien l’essence de l’expérience entrepreneuriale, personne ne sait précisément où ça va le mener mais ça serait dommage de ne pas avoir essayé. Je suis convaincu que dans quelques années, nous verrons le résultat d’une forme d’éducation plus entrepreneuriale et de ces incubateurs. Même si tous les étudiants ne se lancent pas directement à la sortie de leurs études, ceux qui sont passés par ces dispositifs seront certainement demain à la tête d’entreprises car ils auront cette dynamique en eux et ils auront été outillés pour réussir.

 

Judith Jassogne